Le 16.12.2010, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), dans l'affaire A, B et C
contre Irlande, conclut à la violation des droits de la requérante C, dont
la vie était menacée par sa grossesse. La femme avait dû se rendre en
Angleterre parce que les autorités n'avaient pas mis en place une
procédure qui lui aurait permis de faire établir si elle pouvait ou non
avorter légalement en Irlande. Il y avait donc, selon la Cour, ingérence
dans son droit à la vie privée garanti à l'article 8 de la Convention
européenne des droits de l'homme.
Par contre, la Cour a rejeté, par 11 voix contre 6, les plaintes des
requérantes A et B. Dans leurs cas, il ne s'agissait "que" de leur santé
ou de leur bien-être et elles
avaient eu la possibilité d’aller se faire avorter à l’étranger.
Eu égard aux valeurs morales prévalentes dans
le pays, selon la CEDH, il relevait de l’appréciation de l’Irlande
d’interdire l’avortement pour ces motifs.
L'arrêt de la Cour a suscité des réactions mitigées tant des milieux
pro-choix que des adversaires de la légalisation.
commentaire par A.M. Rey
En 1983, les Irlandais-es ont adopté un article constitutionnel qui protège la vie de l'embryon tout autant que celle de la femme. Il restait cependant dans l'ombre dans quelles circonstances une interruption de grossesse (IG) serait admise.
En 1992, la Cour suprême irlandaise a admis l’interruption de la grossesse d'une fille de 14 ans enceinte par suite d'un viol et qui menaçait de se suicider.
En novembre de la même année, le peuple a adopté une modification de la constitution permettant explicitement aux femmes de se déplacer à l'étranger en vue d'une IG et d'obtenir des informations y relatives en Irlande même. En même temps, un article constitutionnel visant à exclure le danger de suicide comme motif pour l’interruption légale d’une grossesse fut rejeté.
Le 6 mars 2002, la population irlandaise fut appelée à voter à nouveau un référendum pour décider si l'IG devait rester légale en cas de danger de suicide ou si elle ne devait être admise qu’en cas de danger imminent de nature physique pour la vie de la femme enceinte. La question qui se posait aux citoyennes et citoyens était donc de savoir si l’interdiction déjà absolue de l'IG devait devenir encore plus stricte. Le peuple a refusé de justesse.
Pendant tout ce temps environ 6000 Irlandaises par année se déplacent en Angleterre pour obtenir une IG. Le taux d'avortement des Irlandaises correspond à celui trouvé dans les pays qui ont un régime du délai. C'est donc l'hypocrisie totale. L'Irlande exporte son problème.