Emeline, 30 ans
Je suis blogueuse à temps plein. J'ai eu
une IMG à 19SA (interruption médicale de grossesse) il y a 9 mois. J'ai
écrit cette histoire sur mon blog, comme une sorte d'exutoire.
Ce matin, j'ai eu un commentaire particulièrement virulent me traitant
de mauvaise mère, disant combien j'ai dû faire souffrir ce pauvre petit,
qu'il n avait pas eu de chance de tomber sur une mère comme moi, etc. etc.
J'en ai pleuré pendant 2h. Depuis l'IMG j'ai enchaîné les fausses
couches, donc oui je suis largement punie s'il n'y a que ça pour faire
plaisir aux gens...
Evidemment il ne s'agissait pas d'une grossesse "non désirée", mais sur
les forums notamment les paroles envers les femmes abortives ne sont pas
toujours très sympathiques... Je pourrais faire partie des personnes qui
jugent ou dénigrent puisqu'après tout, je n'ai pas demandé à perdre
mon bébé, mais il n'en est rien.
Je voudrais tellement que les mentalités changent et que l'ivg ou l'img
ne soient plus assimilées à des actes criminels! Parce que je vous
promets que l'IMG est aussi dans la ligne de mir de certains!
Je n'avorterai plus. Même en galère je ne pourrais pas, c'est donc pour
cela qu'après ma dernière grossesse je réclamerai une contraception
béton. Seulement posez moi la question un an auparavant et je vous aurais
dit que OUI je préfère avorter plutôt que mettre au monde un enfant dans
de mauvaises conditions. Un avortement n'est pas non plus une partie de
plaisir, mais c'est une chance que l'on a, et c'est une chose qu'il faut
absolument préserver.
Je sais que je ne suis pas sur le bon site, mais j'avais besoin de le
dire. Je suis fâchée, furieuse, j'ai l'impression d'avoir un combat à
mener.
Anouk
Je me suis fais avorter en Hollande à 18 semaines. Je sais que c'est tard, mais j'ai
fait un déni de grossesse. Quand les gens m'en parlaient j'avais
l'impression d'être une autre. Je n'aimais pas le père, c'était passager.
Je
sors d'une histoire douloureuse avec le père de ma fille âgée de 4
ans. Je ne me suis pas sentie soutenue pour les démarches. Seule ma gynéco
m'a véritablement aidée, elle m'a donné tous les choix et m'a
parlé de leurs conséquences quand je me suis effondrée dans son bureau.
Après, c'était la galère,
trouver une clinique, faire les échos de datation, trouver l'argent
- le coût
de l'ivg est de 980€ sans compter le voyage et l'hébergement; j'ai eu très peur, mais le personnel là-bas est ouvert, prévenant, ne porte aucun
jugement, c'est une affaire de femme, et tout s'est bien passé, aucune douleur après,
j'étais sereine. Mieux vaut ne pas donner la vie que de rendre un enfant
malheureux car abandonné ou gardé contre notre gré, il y aurait eu beaucoup plus de conséquences.
J'assume mon choix.
Anémone
J'ai subi une interruption de grossesse le
mercredi 22 juillet 2009 aux HUG. J'adore les enfants, j'ai toujours
rêvé d'en avoir 4, mais là ce n'était vraiment pas le moment, je venais de
me mettre avec mon copain, je suis toujours aux études....
J'avais choisi la méthode médicamenteuse car les médecins et les
infirmières m'avaient dit qu'elle était fiable à 95% et la chose la
plus importante c'était d'y croire. J'y ai cru comme tout être humain
qui veut absolument quelque chose. Je ne désirais pas cet enfant.
Cependant, les choses ne se sont pas déroulées comme il le fallait et
j'ai fini par faire une hémorragie, car je n'avais pas évacué le
reste du matériel placentaire. Au final, j'ai dû subir un curetage.
Si c'était à refaire ? Je le referais sans hésitation, mais je choisirais
le curetage... J'ai été énormément affectée par l'hémorragie... tout ce sang
que je perdais... Tout cela parce que la méthode médicamenteuse n'a pas
marché pour moi, j'ai été une de ces 5 sur 100 femmes...
Le tout - avec les deux interventions et tous les examens - a coûté plus de 4000.- CHF, heureusement que l'assurance de
base rembourse, car je ne sais pas comment j'aurais fait....
Thebe
Je suis mariée et mère d'une petite fille de 4 ans et demi. Ma première grossesse
s'était mal passée : vomissements, nausées et hypersalivation, j'ai trop déprimé, ça
a duré 9 mois et 4 jours. Après
mon accouchement, je me suis juré de ne plus tomber enceinte, tellement
j'étais dégoûtée de ma grossesse. Je suis tombée enceinte 2 ans après et
là la rebelote, j'en pouvais plus, rapidement j'ai pris rdv avec mon
médecin pour une ivg médicamenteuse qui s'est bien passée.
L'horreur,
comme je ne tolère aucun moyen de contraception, encore enceinte, mais
cette fois je me suis fiée à ceux qui m'ont dit que les grossesses ne se
ressemblent pas, et cette fois c'est bon, mais rien de tout ça, malade du
premier jour de grossesse : hypersalivation, nausées, aigreurs, maux de
tête et tout le paquet, mon médecin m'a mise en arrêt de travail pour un mois, renouvelable.
Tout cela pour vous dire : ne vous fiez pas aux autres, j'aurais dû faire une
ivg, je souffre terriblement, je suis coupée du monde, ce n'est que 9 mois
je sais, mais c'est pesant sur mon moral, sur ma vie, je me suis trop
délaissée et j'ai délaissé ma famille. Ne vous laissez pas intimider, faites
votre choix, car moi, je regrette. À 8 semaines de grossesse, j'hésite, mais
au fond de moi, je souhaite que mon calvaire se termine.
bon courage à toutes
Dina
Mon histoire est un peu complexe et un peu longue. Je suis
l'exemple de la femme qui a très mal vécu l'IVG.
Si mal, que je me suis laissée avoir par un site anti-ivg que
j'ai pris pour un site d'infos et d'aide alors que leur seul but est de
pêcher des témoignages négatifs de femmes désespérées pour étayer leurs
arguments pro-vie. Une honte!
Voilà les faits:
- L'IVG a eu lieu il y a un an, par médicaments, chez un
gynécologue privé à Paris.
- La grossesse était accidentelle. Nous pratiquions la méthode naturelle
(calcul du jour de l'ovulation) avec des spermicides en crème
(inefficaces).
- Je voulais garder l'enfant. Il est évident que je ne l'avais pas
vraiment désiré, mais j'avais 28 ans, une situation assez stable, et une
copain dont je suis encore amoureuse et que je connaissais déjà très
bien. Et puis j'avais déjà avorté il y a 5 ans, après 3 mois de doutes
et d'hésitations et je ne voulais pas revivre cela.
- Quand j'ai appris la grossesse, j'ai été remplie d'un sentiment de joie
intense, difficilement contrôlable.
Mon copain par contre, a réagi très violemment. Il était absolument hors
de question pour lui d'avoir un enfant. Je connaissais sa position
générale vis-à-vis de la question des enfants (il n'en désirait pas du
tout), mais j'ai été extrêmement choquée par sa réaction. Il souffrait d'angoisse depuis quelques années et le fait de voir mon
désir d'enfant aussi nettement l'a fait paniquer sur l'avenir.
Il m'a accusée d'avoir fait un bébé dans son dos, de le mettre au pied
du mur, de lui reprocher son avis personnel sur la question. Et puis,
pour finir, il a "menacé" de partir assez loin pour qu'on se croise
jamais si cet enfant naissait.
Mon sentiment de joie s'est transformé en quelques minutes en
cauchemar.. Vu le contexte et ses reproches insupportables, j'ai avorté
sans plus réfléchir, dans les jours qui ont suivis, chez un médecin de
ville pressé et qui n'a pas respecté les délais.
En bref: j' ai vu ce médecin 3 fois, dans son cabinet privé.
La 1ere fois : je lui ai fait part de mon désir d'Ivg, il m'a fait
signer un papier, fait une écho et m'a dit qu'il fallait aller très vite
sans aucune explication. Il m'a donné RDV 2 jours après pour la mifégyne.
La 2ème fois : 2 jours après, j'ai passé 5 minutes dans son cabinet pour
gober les comprimés de cytotec.
J'ai expulsé chez moi, 2 jours après, dans des douleurs insupportables.
Après 15 jours de saignements normaux, j'ai fait une infection due à une
rétention. Odeurs, pertes étranges, mal de ventre: je vais aux
urgences.
Aux urgences d'un hôpital public, ils m'ont prescrit du cytotec pendant
15 jours supplémentaires, pour éviter une aspiration.
La 3ème fois que j'ai vu le médecin, c'était un mois après l'IVG, pour
la visite de contrôle: "Tout va bien. La rétention, ça arrive. Au
revoir."
Je n'ai vu aucune équipe médicale, pas une seule femme, pas un seul psy
ou autre accompagnant. Ma détresse était telle que j'ai laissé faire le
médecin sans broncher.
Aujourd'hui, un an après, je ne suis pas totalement remise. J'ai
accepté l'avortement en tant que tel, parce qu'il était inenvisageable
de garder un enfant avec un père défiant et dans ce contexte de détresse
affective. Et je n'ai jamais voulu faire un enfant seule.
Mais je n'ai jamais accepté les conditions de sa réalisation. Je ne
pardonne pas au médecin de n'avoir rien perçu de ma souffrance. Je ne me
pardonne pas de n'avoir pas été plus forte et de ne pas avoir pris mon
temps pour me reposer un peu avant l'acte lui-même.
Et la réaction de mon copain et la rupture qui a suivi...je vous laisse
imaginer quelles traces cela a laissé.
Après l'IVG, j'ai fait des crises de nerfs, des crises d'angoisse, j'ai
pensé au suicide aussi.
J'ai vu 3 psychiatres, qui m'ont prescrit des antidépresseurs, mais je
ne les ai jamais pris. (Je suis contre), j'ai aussi commencé une
psychanalyse gratuite dans un cmp (je n'ai plus les moyens de faire
autrement), que j'ai stoppée assez rapidement, à cause de sa méthode
lacanienne que je rejette.
Une longue dépression durant laquelle j'ai lâché mes études. Revenir
d'un tel chambardement n'est pas simple au quotidien. J'ai vécu un
traumatisme, dans une vie qui n'a déjà pas toujours été facile.
Quant à mon copain, je l'ai quitté plusieurs mois, ce qui n'a rien
arrangé. Nous nous sommes retrouvés récemment, sur la base d'une nouvelle
confiance. Il s'est rendu compte de ce qu'il a fait, et il veut soigner
ses angoisses qui l'ont mené trop loin dans la défiance.
Il s'est rendu compte également de la domination excessive qu'il a
exercée sur moi, sur mon choix et mon désir. En discutant avec des
féministes, il a eu comme une révélation sur ce qu'il a pu traverser avec
moi. J'ai subi seule les conséquences de son pétage de plomb, c'est mon
corps qui a pris les coups, pas le sien. Sa réflexion m'a redonné
confiance en lui.
J'ai mis du temps, mais aujourd'hui, je comprends sa réaction et sa
présence me rassure vraiment.
Nous pensons même à faire un enfant, si nous arrivons à être vraiment
heureux ensemble à nouveau.
Samuelle
Contente de pouvoir apporter mon témoignage et surtout besoin de
vous le faire partager.
J'ai 38 ans et suis mère de 3 garçons de 16, 15 et 9 ans. Depuis septembre
2009, ils vivent avec leur père dans le Sud Ouest. Moi, je vis dans le
Nord Pas de Calais : 900 km nous séparent. A chaque vacance, je pars les
rejoindre chez ma mère.
Le 1er février dernier, j'ai découvert que j'étais enceinte : un
accident.
Je ne prenais plus de contraceptif oral depuis un an. Mon gynécologue
m'ayant déconseillé de prendre des hormones à mon âge et moi refusant
les stérilets (avoir qq chose dans mon utérus... non).
Bref, n'ayant pas une relation suivie mais mon partenaire utilisant des
préservatifs, je pensais être à l'abri surtout à l'approche de 40 ans
où l'on est moins fertile.
Il aura fallu une seule fois et pas grand chose puisque je pensais que
mon partenaire s'était retiré...
Devant qq signes (seins tendus, fatigue et prise de poids inexpliquée),
je lui demande s'il n'a rien oublié et là, je commence à prendre peur.
N'y tenant plus, j'achète un test que je réalise en fin de soirée :
positif.
J'ai pleuré une bonne partie de la nuit. Pour moi l'IVG : impensable.
Et je dois dire qu'une dernière grossesse, une petite fille (celle dont
j'avais toujours rêvé)... J'étais tiraillée.
Mais bon, devant le refus de mon partenaire, j'ai décidé d'agir vite.
J'ai pris ma journée et me suis rendue chez mon généraliste pour lui
demander comment faire pour avorter. Il m'a dirigée vers un hôpital un
peu éloigné de mon domicile en m'expliquant que j'y serais mieux prise en
charge psychologiquement. L'éloignement me convenait très bien : pas
envie que l'on sache ce que j'allais faire.
Devant les deux choix qui s'imposaient à moi, j'avais honte. Honte de
garder cet enfant et de l'élever seule, honte de me faire avorter. Mais
bon, mettre un enfant au monde sans père, je ne voulais pas. Il avait
besoin d'un père et d'une mère. Dès lors que son géniteur refusait cette
grossesse, l'IVG s'imposait à moi.
Je fis donc ma prise de sang qui fut positive, j'étais enceinte depuis le 15
janvier.
Ce qui fut lourd : c'est de voir mon corps se transformer et surtout le fait d'interrompre cette grossesse ne
m'enchantait pas, mais il fallait faire vite, ne pas s'attacher... Ayant
eu deux dernières grossesses difficiles, je me disais que seule,
j'aurais fini par faire une fausse couche. En effet, pour mon 2ème
enfant, je fus alitée à la maternité à partir de 6 mois 1/2 de grossesse: mon col s'ouvrait. Et rebelote, pour le 3ème, mais cette fois-ci à 2
mois 1/2 : col ouvert et raccourci donc alitement et cerclage à 4 mois.
Donc l'IVG s'imposait à moi.
Je suis allée chez le médecin le 2 février. J'avais rendez vous au
service d'orthogénie de l'hôpital d'Armentières pour le lundi 15 février.
Le problème, c'est que je devais rejoindre mes enfants dans le sud ouest
le weekend du 19 février. Repousser l'IVG, c'était continuer la
grossesse, m'attacher et surtout bcp de fatigue, car à compter du 2è
mois, la grossesse me fatigue tellement que je suis dans un état
dépressif. J'aime mes enfants, mais la grossesse n'est pas une sinécure
pour moi ...
Donc le 15 février, c'est le coeur léger que je me rendis à l'hôpital.
D'autant que je commençais à rentrer dans cet état de léthargie que je
redoute tant.
J'avais refusé la présence du géniteur. Celle-ci aurait été un véritable
"crève coeur".
Devant la violence de son refus, et la colère de me retrouver enceinte
malgré moi, je
me suis dit "je ne vais pas être la seule à ruminer pendant 15 jours !"
et je lui ai donc fait croire que j'avais fait le choix de poursuivre ma
grossesse.
J'ai été formidablement accueillie par le personnel soignant du service
d'orthogénie. On me fit prendre le
premier comprimé. Je devais revenir le mercredi 17 février pour prendre les derniers comprimés.
Tout s'est bien déroulé : qq légers saignements marrons le mardi soir....
Lors de l'hospitalisation du 17 fév : aucune douleur, juste ma tension
qui était descendue quelque peu... Donc aucune inquiétude.
C'est au moment de quitter le service que j'ai eu mes premiers
saignements. De retour chez moi, à partir de 19h et jusqu'à 1h30,
j'eus d'énormes saignements suivis de caillots, je sentais de
petites contractions indolores. La fréquence des caillots m'obligeaient
à me changer sans arrêt. C'était épuisant. Je me suis réveillée vers
5h15 après peu d'heures de sommeil. A mon agréable surprise, je ne
saignais presque plus.
Le seul hic : après avoir pris ma douche, j'étais debout, la tête
légèrement penchée vers l'avant à examiner des papiers qd soudain
une envie de vomir me surprit. Je me sentis
partir vers le bas, je ne contrôlais plus rien. Je finis par me laisser tomber par
terre. Là, je me suis sentie revenir à moi.
C'est tout doucement que je pris mon petit déjeuner, que je me rendis au travail.
Le samedi, je pris la route pour Toulouse, au
moins 8 heures de route m'attendaient...
C'est avec une grande joie que je retrouvais mes garçons.
Je fis ma prise de sang de contrôle sur mon lieu de vacances le lundi,
comme prévu. Quand
je pris ma douche le mardi (soit 6 jours après la prise du deuxième
médicament), je perdais du sang sous la douche. Les saignements
reprenaient de plus belle avec caillots !!!
J'étais déboussolée : personne ne savait que j'avais subi une IVG !!!
De plus, l'hôpital me téléphona et m'informa
que ma prise de sang de contrôle était mauvaise : mon taux HCG était
aussi élevé que le 15 février !
Quelle horreur...
Je me mis à craquer et là, mon frère m'invita à me confier. Sur
ses conseils, j'appelais le centre d'orthogénie qui me conseilla de me rendre aux urgences. Le médecin de garde décida de
me faire subir un curetage. Le lendemain : malaise de nouveau pendant la
toilette... Bref, j'étais très faible.
Le gynécologue m'a expliqué ce qu'il avait fait... m'a prescrit la
pilule que je me suis empressée de reprendre, même si pour l'instant je
n'ai pas la tête à ça... Je ne veux pas revivre ça.
Il y a pire que moi c'est sûr... Des femmes qui perdent leur enfant et
subissent aussi un curetage et j'en passe...
Le personnel soignant que ce soit à Armentières ou à Toulouse, a été
adorable...
C'est juste le fait de se vider de son sang qui est désarmant...
Je fais partie de ces 5% de cas pour qui l'IVG médicamenteuse n'a pas
bien tourné. Mais le message que je voudrais faire passer c'est que
"toute femme qui a
subi une IVG ne doit pas être sévère avec elle même". Cet acte n'est pas
anodin et ce n'est pas de gaité de coeur qu'on le fait.... C'est tout
simplement qu'il est préférable d'y recourir plutôt que de poursuivre
une grossesse qui n'est pas désirée pour x raisons.
Nora
Je vis actuellement une situation de détresse sans nom et votre site est
une lumière dans le tunnel que je traverse depuis quelques semaines.
Avant tout laissez-moi vous raconter mon histoire: j'ai 30 ans, je
suis mariée depuis 5 ans, mon mariage a été un chemin de croix fait de
séparations, moments de bonheurs fugaces, moments de violence
psychologiques, parfois physiques, et allez savoir pourquoi j'ai laissé
passer le temps sans jamais avoir le courage de divorcer..
Dans ce parcours chaotique ,j'ai cru qu'avoir un enfant me donnerait
enfin du recul et donnerait un sens à ma vie. Voilà, je tombe enceinte et
dès le départ je n'arrive pas à me sentir épanouie.
Une fois de plus, alors que j'avais 1000 raisons d'interrompre ma
grossesse à un stade très précoce, je laisse passer un temps précieux. Je
me décide enfin à prendre les choses en main et je prends rdv pour une
ivg et là le cauchemar! je précise que je suis aujourd'hui à 10 semaines
de grossesse (12 s. d'aménorrhée) et que j'ai eu affaire à l'hôpital à des fous!
Je vois un médecin qui me dit que lui ne fera pas l'intervention, il a
été très froid, méthodique, cinglant, il ne me regarde pas, parle de
risques très importants à mon stade de grossesse, signe des documents en
toute hâte, me dit qu'il y a un médecin dans la clinique qui "accepte"
cette monstruosité de faire des interventions jusqu'à 14 SA et me
propose une intervention... 2 jours plus tard.
Le pire est que ce médecin apparemment très pressé, m'impose quand
même de me faire une échographie afin "que je me rende compte" que
c'est un enfant avec des bras, des jambes, des fesses...
Je suis anéantie, j'ai rdv le lendemain avec l'anesthésiste qui voyant
mon état de fragilité en rajoute une couche: "vous voyez bien que vous
n'avez pas envie, vous avez l'air d'être une personne d'honneur, gardez
cet enfant! l'avortement est un crime mais la société le permet que
voulez-vous!!"
Je ne suis de toute manière pas prête à introduire des produits pour
dilater mon col le soir même et demande un délai de 3 jours pour
accepter le processus. Le 1 er médecin refuse car je suis à 12 SA et 3
jours et que ça va à l'encontre de ses principes, et m'oriente donc vers
le médecin qui accepte le délai légal de 14 SA.
Aujourd'hui c'est le week-end, je souhaite changer de clinique,
lundi,
pour ne pas affronter ces médecins. Je compte aller au bout de l'IVG car
un enfant avec cet homme sera une vie de malheur garantie. Mon mari évidemment est très heureux, ce qui ne l'a pas empêché de me brutaliser
et continuer son comportement méchant.
Je ressens énormément de culpabilité car effectivement le foetus est à
un stade avancé. Mais je me sens sûre de ma décision. Votre site parle de
"décriminalisation" de l'IVG, c'est exactement le sentiment que j'ai
perçu face au corps médical: celui d'être une criminelle.
Aujourd'hui, je suis confrontée à un autre souci: faire cette IVG sans
que mon mari ne le sache, car je n'exagère pas quand je dis qu'il me
tuera s'il le sait. Je devrai affronter l'épreuve de lui faire
croire que c'était une fausse couche. Traverser la période
post-intervention seule va je pense être très dur...
Je ne peux pas savoir à l'avance si je vais être en dépression après
l'intervention.. nous verrons bien. En tous les cas, je vous remercie pour
votre site qui pour la 1ère fois apporte un côté dédramatisant à cette
situation.
Zaza
J'ai avorté aux HUG le 14 septembre 2009 à 30 ans d'une grossesse
désirée. Désirée oui, mais avant que mon mari n'ait une révélation en
partant en voyage. Finalement la vie que nous partagions depuis plus de
11 ans n'allait plus. Il est parti fin juillet pour 15 jours en me
disant des "je t'aime", "je veux un enfant de toi" et à son retour plus
rien n'allait. Mais j'étais enceinte. Notre situation de couple se
dégradait de jour en jour, nous avons donc décidé qu'il n'était pas
raisonnable de laisser venir un enfant au monde dans cette situation.
Qu'un enfant ne pourrait rien arranger, au contraire. Mon mari me jurait
qu'on se sortirait de cette mauvaise passe. Par amour pour mon mari, par
raison pour ce futur enfant et convaincue que notre couple ne pouvait
s'en sortir que si nous restions pour l'instant à 2, j'ai avorté.
L'intervention (aspiration et curetage) s'est très bien passée, tout le
personnel était très attentif et empathique. Physiquement à part quelques douleurs légères de ventre qui sont apparues même pendant le 2ème
cycle post-IVG, je n'ai rien eu. Je n'ai pas encore les résultats du
contrôle fait 6 semaines après, mais visiblement tout a l'air normal.
La décision a été simple à prendre pour moi, je voulais une famille, pas
juste un enfant.
Le lendemain de l'intervention j'ai découvert mon mari avec une autre
dans notre lit. Nos 11 ans de vie commune se sont terminés
instantanément.
Actuellement je suis partagée entre le soulagement de ne pas porter
l'enfant d'un lâche et la douleur d'avoir anéanti un bonheur. Je suis
convaincue que c'était la meilleure décision même si j'y pense encore en
pleurant. Je pense qu'il est égoïste et irresponsable de vouloir un
enfant si on ne peut pas lui offrir un foyer sain et aimant. Je ne
regrette pas ma décision, mais je sais que je vais garder une douleur
pendant encore un bon moment.
Corinna, 34ans.
L'IVG a eu lieu début 2008. J'étais vulnérable et j'avais besoin que
l'on m'aime. J'ai rencontré cet homme après m'être séparée de mon époux.
Très vite, il a commencé à influencer ma vie. La grossesse est venue
sans que j'aie vraiment voulu. Même pas un mois ensemble, cet homme m'a
insultée, alors je l'ai mis à la porte. Trois semaines après son départ,
j'ai fait un test de grossesse et c'était positif. J'ai réfléchi encore
et encore comment j'allais faire. J'avais ma fille. Je n'avais pas
d'emploi. NON, je ne pouvais pas assumer ça. J'ai pris la décision
d'interrompre cette grossesse. Mon gynécologue m'a beaucoup soutenue. La
clinique m'a bien accueillie. J'ai pris 2-3 comprimés et tout s'est bien
passé. Je suis venue seule et rentrée seule. Je n'ai pas à me plaindre
de ce qui m'est arrivé dans la vie. Je veux surmonter et en tirer de
bonnes leçons. Aujourd'hui je suis là! Je ne regrette pas. Je me sens
libre. Je suis la seule personne qui puisse prendre bien soin de moi
entièrement. Merci à mes parents, ma fille, et à l'amour.
Prisca
2 heures de retard de règles (un peu exagéré, mais pas loin), et je
commence déjà à planifier un avortement !
Quand comme moi on présente des contre-indications pour la pilule et le
stérilet, la contraception est quelque chose d'assez fastidieux à gérer
à la longue (préservatif, cape cervicale+spermicides, ne sont pas super
fiables). Je me suis procuré une pilule du lendemain pour l'avoir sous
la main "au cas où"... J'ai même un stock de sticks urinaires de labo
pour doser la betaHCG chez moi (tests réguliers, même sans "doute") afin
de pouvoir intervenir au plus tôt...
Ma décision serait vraiment irrémédiable au cas où je tomberais malgré
tout enceinte, car je ne peux et ne veux absolument pas avoir d'enfant.
Ma seule option en cas, malgré tout, de grossesse, est l'IVG, et si
possible par RU486. Et je demanderai solennellement une stérilisation
par la même occasion !
Vous l'avez compris, je n'ai encore jamais eu à avorter. Mais ma
meilleure amie, deux fois. Elle m'a beaucoup soutenue ces derniers jours
où j'ai dû m'inquiéter sérieusement, mais je n'ai jamais cédé à la
panique, je savais ce que je voulais. Par contre, c'est vraiment très
difficile de savoir où s'adresser... surtout quand on a plus de 16 ans !
(j'en ai le double ;-))
Je vous écris surtout pour vous remercier d'exister ! Grâce à vous, j'ai
trouvé des informations très précises. MERCI !
Claudine
C'était en 1974 (avant la légalisation de l'avortement. Ndlr). Mes souvenirs sont d'être allée chez un personne qui pratiquait les avortements.
Je suis allée avec le père de cet enfant que je portais et j'étais enceinte de 5 mois.
Lui n'en voulait pas. Je l'aimais. C'était dans un quartier de Paris où je me souviendrai toujours de cette pièce.
Les aiguilles à tricoter et puis le papa avait pris une chambre à l'hôtel Terminus, Versailles rive gauche.
J'ai beaucoup souffert, mais cela n'a pas marché. Il a fallu revenir chez
cette personne pour recommencer les aiguilles...
Et deux nuits après, avec toutes les douleurs que cela peut comporter, le bébé est sorti.
Je me souviendrai toujours d'avoir vu ses mains, mais mon compagnon m'a maintenu que j'avais rêvé car un enfant à cinq mois n'était pas formé.
J'ai cette image plus de 30 ans après. Mon compagnon a pris ce bébé dans une serviette et il a été l'enterrer dans un bois.
Je ne sais pas où et je n'en ai jamais fait mon deuil de cet enfant.
Ensuite il m'a laissée seule car il partait pour rejoindre
son enfant à lui qui avait 6 ans à l'époque, car il était divorcé !! me
laissant expliquer aux patrons de l'hôtel que j'avais eu mes règles et
que j'avais tout taché !! Je suis restée seule, j'ai fait une infection qui a
nécessité un curetage et on m'a dit que je resterais stérile.
J'ai revu cet homme,
et j'ai voulu prouver que je pouvais être maman et j'ai eu une
magnifique petite fille et par la suite un garçon. Nous nous sommes mariés (et oui l'amour qu'on peut avoir
pour une personne quand on est jeune fait faire n'importe quoi) et le pire, je me suis retrouvée enceinte en 1985 et là il
n'en voulait pas et je me suis fait avorter en milieu hospitalier, la
douleur et le ressenti sont moins forts que pour cet avortement subi en
74, mais moi je voulais garder cet enfant, lui non et j'ai obéi.
J'en suis toujours malheureuse, j'ai 54 ans et c'est
toujours présent dans ma vie.
C'est une souffrance permanente que le père a toujours niée. Depuis j'ai divorcé, il m'a laissée avec pas grand chose
ce monsieur, mais cette absence est épouvantable pour moi
et en plus sachant qu'il avait donc un fils d'un premier
mariage que j'ai dû élever car sa mère n'en voulait pas !!!
Avec ma fille qui est infirmière maintenant on en a
discuté et elle comprend, mais n'aime pas en parler. Mon fils depuis mon divorce et avant n' a jamais voulu
aborder le sujet.
Cora
J'ai eu un IVG par aspiration à 11 semaines à la
Polyclinique Universitaire de Bâle le 30 décembre 2008. J'ai 40 ans, je
suis divorcée et j'ai un ami depuis 5 ans.
J'avais désiré un enfant avec mon mari 10 ans auparavant. Souffrant d'un
syndrome ovarien micro-polychistique, j'ai eu tout l'arsenal
médicamenteux possible pour stimuler mon ovulation... sans succès et
avec une détresse psychologique immense. Ceci m'a coûté mon mariage...
Pour retrouver un but à mon existence, j'ai consulté un psy et réorienté
ma vie, sans enfant. J'ai rencontré mon ami et l'accord de départ était
: il ne veut pas d'enfant, très bien, je ne peux pas en avoir ! Jusqu'à
ce jour de décembre où j'ai cru à une mauvaise plaisanterie de mon
médecin qui m'annonçait que j'étais enceinte.
J'ai subi un choc terrible : je n'avais pas senti mon corps, je m'étais
moi même persuadée que j'étais stérile et pourtant...
J'avais vraiment tourné la page et envisagé un futur très différent. Mon
ami et moi avons passé des heures à peser le pour et le contre. A 40
ans, j'avais l'impression que mon corps ne supporterait pas cette
grossesse. J'avais eu de nombreux problèmes avec les traitements
hormonaux (pris 15kg, des jambes constamment gonflées etc) et je
n'envisageais pas de revivre ça, y compris l'environnement médical.
Cet enfant était pourtant une 'belle surprise de Noël' selon mon médecin,
mais plus pour moi. J'ai ressenti de la colère, de l'injustice et de la
tristesse.
J'ai été accueillie et accompagnée merveilleusement par le personnel de
la Clinique, avec beaucoup de chaleur et de compréhension. A aucun
moment je n'ai eu l'impression d'être jugée.
Je n'ai pas souffert de l'intervention, mais je dois reconnaître que
psychologiquement je vis encore quelques heures difficiles. Le regard de
la société sur l'avortement est très lourd et inconsciemment pèse, mais
je reste persuadée aujourd'hui que nous avons fait le bon choix. Et je
vous remercie de permettre de consulter ce genre de témoignages et de
dédramatiser ces situations qui sont des choix de vie personnels et
respectables.
Michèle
j'ai subi une IVG il y a plus de 8 mois, je suis tombée enceinte car j'avais oublié de prendre la pilule une fois. Ma situation personnelle n'était pas forcément la plus simple car je suis jeune, je n'ai que 20 ans, et je vis actuellement chez le père de mon ami. Nous n'avons pas de situation stable malgré tous les efforts que nous faisons pour trouver du travail ... Le motif de cet IVG
a été financier, matériel, je pense que j'étais prête personnellement à avoir un enfant malgré mon jeune
âge, mais avant tout ça il faut que nous soyons bien tous les deux, que nous puissions accueillir un enfant avec amour et confort! Malgré tout cela lorsque j'ai su que j'étais réellement enceinte, inconsciemment je me suis accrochée à cet "enfant", je m'imaginais tout et je ne voulais pas m'en séparer même si je le devais pour son bien-être (c'est bête de dire "pour son bien-être" alors que je l'ai
avorté). Bref dans ma tête c'était déjà mon enfant, je ne sais pas trop comment l'expliquer.
Avant l'IVG j'avais peur de regretter ensuite, de me sentir coupable, de remettre la faute sur mon ami...je me posais des milliards de questions. Je suis donc allée voir mon médecin en lui expliquant mon cas, il m'a envoyée vers l'hôpital où une dame m'a expliqué les deux procédés d'IVG, elle m'a demandé comment cela était arrivé et m'a ensuite demandé quelle méthode je souhaitais. J'ai donc "choisi"
l'intervention chirurgicale, je ne voulais pas être consciente de ce qui allait se passer. Lorsque je suis entrée
à l'hôpital, le personnel n'était pas vraiment aimable, je me sentais encore plus en faute, bref pas un très bon souvenir.
Après l'intervention j'ai le souvenir d'avoir dit "une bonne chose de faite", je me rendais pas compte de ce qui se passait, tout
s'est passé si vite, je n ai pas eu le temps de tout assimiler. Physiquement et moralement après l'IVG tout allait bien, j'y pensais certes mais
ça allait. Mes pensées avant l'IVG, c'était plus de la peur qu'autre chose, après c'était un soulagement, mais maintenant et c'est bien là le problème, je suis
obnubilée par l'idée de tomber enceinte. Je ne rêve que de ça tout en sachant qu'il ne faut pas, car je suis toujours dans la même situation et qu'en aucun cas nous pourrions rendre un enfant heureux.
Au final, je ne sais pas si c'est la meilleure solution, pour un enfant je pense que oui, mais pour moi je ne pense pas que cela a été la bonne solution (pourtant cela aurait été égoïste
de poursuivre la grossesse, je pense).
Je souhaite bon courage à chaque couple qui est ou malheureusement passera par cette étape. Je pense que dans ce genre de situation il faut beaucoup parler avec son compagnon. On a tendance
à imaginer que seules les femmes souffrent de cette situation, mais les hommes aussi. Vous
êtes deux dans cette histoire et pensez à votre compagnon qui lui souffre peut
être en silence.
Annelise
Je me suis fait avorter à l'hôpital d'Amboise, la situation c'est que je prenais la pilule normalement et je suis quand même tombée enceinte.
J'avais fait un changement de pilule pas longtemps avant d'apprendre ma grossesse par test.
J'habite avec mon copain, on était peut-être trop jeunes, immatures et pas de situation stable niveau financier. On ne voulait pas que le bébé manque de quelque chose à n'importe quels moments de sa vie. Faut le vouloir ce petit être, c'est pas une décision à la légère et on a bien réfléchi à tout ça.
A l'hôpital, toute l'équipe médicale était très gentille avec moi, rassurants, on m'a mise en confiance alors que j'avais la trouille, mais ça c'est bien passé, j'étais endormie entièrement, je n'ai rien senti. Au réveil, quelques douleurs, mais assez supportables, c'était par aspiration. J'ai eu des infections urinaires ensuite, rien de trop grave, j'avais pas trop le moral. J'essaye d'être forte et de dédramatiser les choses, j'ai tout ressenti, de la tristesse, de la colère, des regrets, mais je pense que c'était la bonne décision.
Shaïna
Alors voilà, j'avais 19 ans et j'étais très amoureuse...
Pour clôturer symboliquement notre relation, mon ami de l'époque et moi
avions décidé d'un commun accord, de faire l'amour une dernière fois.
Malheureusement, je ne prenais pas la pilule. J'avais essayé plusieurs
fois de la prendre, mais ça me rendait malade. Il faut dire aussi que
j'étais mal informée sur les autres méthodes de contraception (le
stérilet rend stérile, le stérilet n'est destiné qu'aux femmes ayant
déjà accouché).
Au début de notre relation, nous mettions des préservatifs... jusqu'au
jour où nous avons découvert que c'était bien meilleur sans. Nous
pratiquions la méthode un peu illusoire du "self control", c'est à dire
que l'homme se retire avant d'éjaculer.
Mais ce jour-là, il ne s'est pas retiré à temps du tout... J'ai tout de
suite songé que je pouvais être enceinte mais j'étais un peu trop à côté
de la plaque pour songer à la pilule du lendemain. Et comme j'étais
amoureuse et que j'étais une jeune femme, j'ai peut-être désiré
inconsciemment être enceinte, pour "garder quelque chose de lui", comme
on dit quand on est un peu romantique. Puis je me suis dit que
quand-même, ce serait pas de bol, je ne pouvais quand-même pas être
malchanceuse à ce point là....
Je suis donc retournée chez moi, après une nuit d'amour et de désamour,
après une nuit d'union et de séparation, une nuit un peu triste. Mais
une nuit de promesses aussi, car je me disais que si je souffrais sur le
moment, un jour je serais plus heureuse et rencontrerais quelqu'un
d'autre.
Au bout de quelques jours, je me suis étonnée de ce que mes règles ne
viennent pas, et j'ai commencé à avoir peur. Mais cela m'était déjà
arrivé si souvent d'avoir du retard, que je ne me suis pas affolée tout
de suite. Une nuit, je me suis réveillée pour éternuer, et en éternuant
j'ai vomi sans faire exprès sur mon lit. ça, ça ne m'était jamais
arrivé, j'ai commencé à trouver ça bizarre.
Mes règles ne venant toujours pas je suis allée faire une prise de sang
chez mon médecin traitant. Il s'est avéré que le test était positif, j'étais enceinte.
Ma mère s'est tout de suite énervée: "pas d'un enfant ici, je ne m'en
occuperai pas, je te préviens". Je me sentais seule, incomprise, et ces
petites phrases qui semblent anodines me faisaient me sentir
"incapable". De plus, le médecin avait rédigé un petit texte, me
recommandant à un confrère, pour pratiquer un avortement. Le texte
disait, "pour vous occuper du bébé"... Dans mon langage, ce n'était
pas "bébé", c'était un état, celui d'être enceinte, et je n'avais pas
envie de projeter mon avenir et ce qui se passait dans mon corps, avec
le mot "bébé".
Car si j'avais rêvé d'être enceinte, une chose devenait de plus en plus
certaine, je ne voulais pas un bébé, avec tout ce que cela entraîne
comme responsabilités. Je me disais que s'il y avait bébé, celui-ci
n'aurait pas son père près de lui, que je n'avais rien à lui offrir
matériellement. Mais avec ma mère, ce n'était pas facile de savoir ce
que je voulais au juste. C'était un peu humiliant ce que me disait ma
mère, car ça me donnait l'impression que si j'avortais, c'était juste
pour pouvoir rester chez elle, parce que je ne savais pas me débrouiller
toute seule.
J'ai donc décidé d'appeler un centre de planning familial, et le
personnel a vraiment été très bien. La gynécologue a été la première à
me dire: "qu'est-ce que vous voulez faire?". J'ai répondu tout de
suite: - "avorter, je n'ai pas le choix". Elle m'a dit que si, j'avais
le choix, que si je voulais mener à terme ma grossesse, il existait des
endroits, des centres où on pouvait m'aider. Cela m'a permis de prendre
une décision qui soit la mienne, pas celle de ma mère ou de quelqu'un
d'autre, la mienne. Cela m'a permis de prendre une décision et de
l'assumer, de ne pas un jour devoir m'en prendre à ma mère. Cela m'a
rendu plus responsable.
J'ai décidé d'avorter, en toute liberté et en ma libre conscience.
Il y a plein de raisons... Mais la principale est que, mettre un enfant au monde me mettrait dans
l'obligation de côtoyer le père, ce que je ne pouvais envisager, car si
je le revoyais, mon cœur se déchirait. Il y en a aussi une autre,
qui a son importance: si j'avais mis un enfant au monde, je lui en
aurait peut-être voulu d'être là, et il n'aurait pas été heureux. Il y
avait donc un peu d'amour dans ma décision...
Les deux semaines qui me séparaient de mon avortement, ont été teintées
de sentiments ambivalents, contradictoires. Physiquement, je me
sentais humiliée d'avoir un corps étranger en moi, dont je ne voulais
pas. Et je songeais que ça devait être terrible de vivre cela 9 mois,
quand on ne le veut pas.
Le jour de l'avortement, il y avait une assistante sociale, qui était
près de moi et me donnait la main. Il n'y avait qu'une anesthésie locale car l'embryon était très petit. C'était un avortement où on aspire, je ne me
rappelle plus le terme technique. L'assistante sociale me souriait à
chaque fois que je la regardais, et je n'oublierai jamais ce sourire qui
m'a fait tant de bien, qui m'aimait alors que j'en avais tant besoin.
Non, vraiment, je n'oublierai jamais!
Tout de suite après, j'ai ressenti un soulagement libérateur. Une heure
et demi après, j'ai fait une crise de larmes. Tout ce qui devait sortir
de moi est sorti: le soulagement, la peur, la honte, la culpabilité
aussi. Puis la colère. Enfin toute une foule de choses...
Puis j'ai continué ma vie, mes études,... Aujourd'hui j'y pense encore
parfois. Je ne peux pas dire que je regrette. Si c'était à refaire, je
prendrais sans doute la même décision, même si ce n'est pas la plus
facile à prendre.
Pour moi, dire qu'il n'y a aucun regret, c'est faux. J'y songe
toujours. Mais ce que je regrette vraiment, en fait, c'est d'avoir été
dans l'impossibilité psychique de pouvoir accueillir dans ma vie un
enfant. De ne pas avoir été prête, ça c'est dommage. De là à dire que
l'avortement en lui-même m'a traumatisée, il y a une marge. J'allais mal
à l'époque, je n'avais pas de moyen de contraception appropriée, j'étais
malheureuse en amour... Et c'est de tout ça que j'ai dû me remettre.
En revanche, quand je regarde les campagnes "pro vie", culpabilisantes,
instrumentalisant des fœtus morts, hé bien ça ça me fait mal. On fait
même parler des "bébés" avec des chansons douteuses.
Je n'admets pas qu'on touche à mon histoire, à mon intégrité psychique, à
mon intégrité physique. Et d'ailleurs, s'il y a eu un petit être en moi,
je n'admets pas non plus qu'on touche à son histoire, à notre histoire.
C'est mon histoire, ça me regarde. Je ne veux pas que ma vie et mon
corps servent à des causes avec lesquelles je ne suis pas d'accord, et
j'aimerais bien que tous ces gens se mêlent de ce qui les regardent. Car
ça a un côté traumatisant.
Corinne
J'ai 40 ans dans 4 jours (le 28.12), je me suis fait avorter le
21.12.08. Ce bébé est arrivé par surprise dans une situation de couple
très compliquée, cela ne fait que 4 mois que mon mari et moi avons
repris la vie commune, après un début de procédure de divorce (violences
conjugales, vie dissolue...). Mais au bout de tant d'années de vie
commune, je n' ai pas réussi à tourner la page, je suis revenue, nous
sommes en train de tenter d'oublier les blessures et le 11.11.2008(19ème
jour de mon cycle, le jour de l'armistice....) un rapport non protégé et
"vlam",je suis enceinte (avec une seule trompe suite à une GEU...). J'ai
vécu toutes les phases possibles et imaginables: Joie, Tristesse,
Colère.... Que faire? Je n'ai pas de travail, notre couple est très
fragile, je vais avoir 40 ans, mon mari 44. J'ai deux filles de 20 et 18
ans qui ont vécu tant de choses. Pour mon mari, le choix était fait:
Trop vieux, plus envie de se prendre la tête, etc... Mais il disait
qu'il respecterait mon choix: "Si tu veux le garder, on verra après...."
Trop d'incertitudes qui planent au dessus du berceau, trop de peurs. Je
me suis rendue 4 fois au planning, dont une fois sans mon mari, à chaque
fois je n'arrivais pas à prendre "la décision". On a fini par me fixer
les rendez-vous nécessaires: le 21.12.2008 à 07h45, me précisant que
rien ne m'y obligeait, j'avais encore 4 semaines avant de dépasser les
délais. Jusqu'au dernier moment j'ai hésité, j'ai pleuré jusqu'au bloc
opératoire. Je n'ai pas assez de recul pour dire si c'est le bon choix,
je souffre de ce vide qui c'est installé en moi, mais je tiens à
rassurer toutes les femmes dans la peur, l'IVG par aspiration n'est pas
si terrible que certaines le décrivent et c'est, je pense, la meilleure
solution lorsqu'on ne veut pas vivre l'expulsion. Tout a été très
rapide, je reproche juste un manque de conseils et de soutien après.
Heureusement, j' avais trouvé beaucoup d'infos sur internet (pas de
tampons, pas de douche, etc..) Mon mari m'a accompagnée, heureusement,
car il vaut mieux ne pas être seule et je voulais qu'il comprenne ma
souffrance, qu'il la vive aussi. Pour le moment, ce n'est que le
troisième jour, je suis un peu fatiguée, je dors très peu, je pleure car
ce n'est pas facile de renoncer à un enfant, mais il y a parfois des
choix douloureux à faire... Mais quoi qu'il arrive, je souhaitais donner
DU COURAGE à toutes les femmes qui se posent des questions. Pesez le
pour, le contre, pensez à l' avenir et quelle que soit votre décision,
ce sera la bonne.
Delphine
J'écris ce mail pour dénoncer l’injustice que subissent les femmes vis-à-vis des assurances privées par rapport à l’IVG. Je suis française, j’ai 25 ans et avec mon conjoint nous sommes partis vivre à l’étranger (Nouvelle Zélande) l’année dernière. Nous souhaitions profiter de cette expatriation pour voyager dans d’autres pays voisins. Nous avons pris la CFE (caisse des français expatriés) qui est la sécurité assurance maladie générale d’Etat mais pour les expatriés français. Par précaution, nous avons pris une complémentaire très haut de gamme pour pouvoir voyager « sereinement ». La CFE qui est totalement l’équivalent de la sécurité sociale rembourse les avortements à l’étranger (même taux et montant de remboursement qu’en France), mais je n’ai réussi à trouver aucune complémentaire qui remboursait cet acte médical à l’étranger, l'IVG faisait toujours office d'exception.
Les cotisations sont monstrueusement élevées et cette assurance privée couvrait
absolument TOUT : cures thermales, orthodontie avec des plafonds très
élevés, billet aller/retour intégralement remboursé pour le pays
d’origine en cas de parent malade, assistance juridique etc… Visiblement
ce n’est pas le montant des actes qui rebutent ces assurances privées
(mêmes très haut de gamme) de rembourser l’IVG, il semblerait que se
soit plus d’ordre moral, sinon, quel est leur motif ?!!!
Nina
Lors de l'IVG j'ai 27 ans, dans une relation depuis 2 mois. Je suis de
nationalité française et étudiante. J'avorte dans un hôpital parisien dans
lequel je suis hospitalisée la veille.
J'aimais mon copain, j'avais envie d'être maman et j'aimais déjà ce ... (je ne
sais pas comment le nommer) futur bébé. Toutefois, je n'étais pas encore
convaincue de l'indéfectibilité de mes sentiments pour mon copain.
Aujourd'hui encore, je ne peux pas envisager ma vie avec un homme que je
n'aimerais pas absolument... Je le vivrais comme une torture quotidienne, comme
le viol de mon intégrité physique et psychologique, comme la privation de ma
liberté et de toutes les opportunités de bonheur que la vie pourrait m'offrir
autrement.
Le bébé justifiait notre vie en commun. J'imaginais que cette vie commune allait
me détruire psychologiquement. La seule raison pour cette cohabitation
destructrice était le bébé... J'en arrivais même à douter de ma capacité à aimer
cet enfant chéri dans ces conditions.
Vivre séparée du père voulait dire me séparer de mon bébé régulièrement. C'était
inconcevable, j'aimais trop ce bébé.
La perspective éventuelle que l'enfant soit pris dans des conflits (tus ou
exprimés) d'adultes, de valeurs, d'éducation m'angoissait pour lui. Un enfant
pour bien grandir doit être élevé dans l'amour, la sérénité et l'harmonie
maximale, à son égard et entre les parents. Avec son père on se disputait déjà
la garde de cet enfant en conception....
Mon anneau vaginal me faisait exceptionnellement mal, je l'avais retiré. Les
préservatifs ne donnent aucun plaisir ni à mon partenaire, ni à moi. C'était
juste pour un rapport, un seul, je me protégeais avant et je me protégeais après.
Pour être sure de ne pas tomber enceinte, j'ai pris une pilule du lendemain.
Une nuit je me réveille, je sens que quelque chose se passe dans mon corps, je
sais que je suis enceinte. Pourtant c'est quasi impossible, un gynéco m'avait
annoncé que j'aurais peut-être des problèmes à concevoir, et puis... une seule
fois ne peut pas suffire,...et la pilule du lendemain est efficace !
Quelques jours après, je veux vérifier mon ressenti : Trois tests de grossesse
et tous positifs. Je suis shootée d'excitation par la nouvelle, JE suis
ENCEINTE!! Incroyable ! C'est cool, je peux être enceinte, un sens est donné à
ma vie, être maman...
Mais je ne peux pas le garder, je ne suis pas sure d'aimer le père... J'avorte,
c'est une évidence, et puis on en parle tant, ça ne doit pas être terrible! Mon
copain me laisse décider.
Je vais avorter, c'est sûr.
Pour lire la suite du témoignage de Nina...
Andrée
J'ai avorté il y a un an, à Paris.
J'étais dans une relation instable et à distance. La pilule du lendemain
n'a pas fonctionné.
J'ai interrompu la grossesse parce que mon copain l' a voulu. Au départ,
c'est moi qui ne voulait pas de l'enfant, à la fin c'était lui.
Je ne comprendrai jamais pourquoi il a changé d'avis. Moi j'avais changé
d'avis parce que je l'affectionnais déjà. J'ai su très tôt que j'étais
enceinte (10 jours) et j'ai avorté à 10 semaines. Je n'ai pas du tout
été aidée psychologiquement. Mon histoire est très longue : j'ai changé
de gynéco en cours de route car il m'a plantée au milieu de la grossesse
entre autre. Il ne m' a jamais remis le dossier guide et était
manifestement pas trop pour l'avortement....
J'ai entendu tellement d'horreurs pendant cette période, j'ai tellement
perdu : mon compagnon, des supposés amis, ma famille en partie qui s'est
réfugiée dans le silence du tabou.
Est-ce que je regrette d'avoir avorté? je ne sais pas. Mais ce que je
regrette le plus, c'est que les femmes dans notre situation ne soient
dans la pratique pas bien suivies, je regrette que l'avortement soit si
tabou : la société rend l'acte d'avorter encore plus difficile pour les
femmes.
La femme a le droit d'avorter, elle n'a pas le droit d'en souffrir.
Voici le témoignage d'Andrée en plus de détails
Mikaela
Je suis en train de subir une IVG médicamenteuse en ce moment même.
Hier, mercredi 4 juin j'ai pris mes 3 premiers cachets et j'ai RDV vendredi 6
pour les cachets suivants.
Je suis avec mon ami depuis 3 mois. Et nous nous sommes protégés, mais
le préservatif a dû céder. Malheureusement nous ne nous en sommes pas
rendus compte.
Je commence à me sentir bizarre, grosses douleurs au bas ventre. Très
mal à la poitrine, mais je ne me suis pas inquiétée plus que ça puisque
ça m'arrivait d'avoir des SPM très douloureux.
1 semaine de retard des règles, là je commence vraiment à paniquer. Je
vais direct chez mon pharmacien pour acheter 2 tests de grossesse. Le
pharmacien me dit qu'il est plus fiable fait au petit matin. Mais je
n'ai pas le courage d'attendre et j'en ai 2 alors j'en fais un tout de
suite..... !
Un "+" bleu s'affiche ! C'est la fin du monde ! J'ai 22 ans, je
travaille et je m'assume oui... mais je suis étudiante en parallèle en
économie et surtout aucun désir d'enfant ! Et surtout, pas maintenant
!!!!
J'appelle mon ami en urgence.. il ne répond pas. Il était à ce moment là
en voyage à Paris pour affaire et en RDV.... je me sens seule au monde
et désespérée !... il finit par me rappeler et là je fonds en larmes.
Heureusement qu'il était là . Je ne sais pas comment j'aurais fait sans
lui, et surtout j'ai une grosse pensée pour ces femmes qui doivent vivre
ces moments seules.
Là tout va très vite dans ma tête... j'ai horreur des gynéco, des
médecins et du personnel hospitalier. Ok ils font un travail "super"
mais pour ma part je les ai toujours trouvés très froids.... et là si
je dois aller les voir pour une IVG, ça va être l'horreur. Je les
imagine déjà me juger.....
Lendemain matin je téléphone en urgence à l'hôpital car je n'ai pas de
gynéco en ce moment et surtout que je les évite le plus possible. La
dame au téléphone semblait très gentille... je me suis sentie rassurée.
Mais malheureusement pour moi ça a été de courte durée. Elle me donne
rdv dans quelques jours.
Je me rends à l'hôpital avec mon ami qui voulait absolument être présent
et encore une fois je le remercie de me soutenir.
Une fois dans la salle d'attente on m'appelle, j'y vais seule, normal.
Je rentre dans la salle.. le médecin ne me regarde même pas. Il était
déjà en train de remplir un formulaire de consentement d'interruption de
grossesse. J'ai trouvé très déplacé de sa part. J'aurais voulu en parler
avant un peu avec lui. Bref... je m'assieds... alors je vais vous poser
quelques questions ... complètement bateau... qu'il est obligé de me
poser. je réponds. pas de problème.
Le médecin horriblement froid. ne me regarde presque pas.. et me parle
d'une façon ... que je me suis sentie demeurée pendant quelques
minutes..
Là on passe à l'examen. Je me déshabille.... il me fait un frottis puis
une écho.
Là il commence à "s'alarmer". (ll y avait une stagiaire avec lui...) Il
parle avec elle avec des termes très scientifiques... je ne comprends
rien. Et je me suis quand même permise de poser la question : il y a
quelque chose qui ne va pas... ??? Sa réponse fut froide : écoutez là je
me concentre je vous explique après.
Non seulement vous vous trouvez dans une position peu avantageuse, il
tâte VOTRE partie la plus intime... et il se permet de me parler comme
ça ?! Sur le moment on est tellement vulnérable qu'on ne réagit pas.
c'est après qu'on se ronge de n'avoir rien dit !
L'examen terminé, je me rhabille et m'assieds devant lui... là il
téléphone à un collègue pendant 5 minutes... toujours en parlant avec
des termes très techniques. Moi je ne sais toujours pas de quoi il
s'agit !!!!
Plein de choses me passent par la tête; est-ce que j'ai dépassé le délai
? Est-ce une grossesse extra-utérine...? un cancer ? .... Il m'a laissé
le doute pendant au moins 15 minutes !!!!!!!!! Il raccroche et
m'explique enfin.
En fait il y a effectivement eu un début de grossesse mais à ce stade il
ne voit pas d'activité et pense très fortement que c'est une grossesse
non évolutive. En gros j'ai déjà fait une fausse couche. Il me propose
deux solutions. Soit j'attends la semaine prochaine pour être sûre qu'il
n'y a vraiment plus d'activité, soit il me fait prendre les médicaments
cette semaine.
Et là je lui dis : Mais ça ne change rien. ma décision était prise !!!
Puis il me sort... c'est surtout pour vous déculpabiliser!
C'est là que je me suis demandée si je n'étais pas dans un monde
parallèle ou en train de rêver.
Ma décision était prise. Que l'embryon soit sans activité ou pas, la
décision était prise dans ma tête... et que j'allais de toute façon
devoir en assumer les conséquences !
A aucun moment il ne m'a demandé comment je me sentais ! Alors que je
suis quand même enceinte. J'ai des nausées... et vertiges, je suis
incapable de conduire. ça faisait 1 semaine que je ne dormais quasiment
plus!
Tout ce qu'il voyait en face de lui c'était une criminelle qui voulait
interrompre sa grossesse !
Je sors de l'entretien.. dégoûtée... mon ami avait les larmes aux yeux
en voyant à quel point j'étais détruite en sortant de cette salle. Je
n'ai pas pu lui adresser la parole pendant 1 heure tellement que je me
sentais mal.
Je n'avais aucun sentiment de culpabilité quant à la décision que
j'avais prise car c'était ce qu'il y avait de mieux à faire dans notre
situation (mon ami et moi), jusqu'à ce que je me retrouve confrontée à
ce personnel hospitalier si incompréhensif.
Non seulement j'ai eu l'impression qu'ils se sont permis de me sermonner
parce que j'ai 22 ans.. mais il m'ont traitée comme une adolescente
irresponsable et inconsciente. Et c'est vraiment dur d'être mal jugée..
surtout qu'à la base vous avez fait attention.
Ce matin j'ai pris mes 3 cachets.. l'infirmière me les a donnés... et là
elle me dit qu'une dame du planning familiale passera pour me parler de
contraception. Là à nouveau je n'ai presque pas réagi. Mais je lui ai
quand même dit que je savais ce que c'était la contraception. j'ai des
relations sexuelles depuis longtemps et que j'ai déjà utilisé des
pilules contraceptives. Mais qu'actuellement je n'en prenais pas car ça
faisait longtemps que j'avais pas eu de copain fixe donc je ne vois pas
pourquoi prendre des pilules inutilement. Et que jusqu'à maintenant le
préservatif a très bien marché. J'ai pas eu de chance c'est tout ! ...
et là elle me dit : oui mais vous savez en tant que femme on se DOIT
de... !!! non mais attendez... dans quel monde on vit.
Je suis désolée d'être un peu agressive dans mes propos, mais je suis
très en colère. contre eux. contre moi, de me laisser faire à ce point!
j'écris aussi à chaud. Mais je n'arrive pas à comprendre qu'en 2008 on
puisse se faire maltraiter à ce point alors que je pense prendre mes
responsabilités. Oui je dis bien, prendre mes responsabilités... ne pas
vouloir une grossesse dont on sait très bien qu'elle sera chaotique. Je
n'ai ni l'envie ni les moyens d'assumer un enfant maintenant... !
Je finirai par une conclusion simple et brève.
Je ne culpabilise pas parce que je n'ai pas voulu de cet enfant...mais à
cause du comportement inhumain du personnel hospitalier à mon égard.
Le RDV avec le contrôle a pris 20 minutes au maximum... alors que j'ai
l'impression qu'ils ont fait tout un rituel pour 3 comprimés que j'ai
ingérés ce matin !
Pour me culpabiliser.
Je n'étais pas sûre de vouloir d'enfant avant. Maintenant j'en suis
persuadée ! "Ils ont réussi leur coup ! "
P.S: Bien sûr que je ne juge pas tous les médecins... je parle
simplement de mon cas. Et je ne souhaite à personne de vivre ça de la
façon dont je suis en train de le vivre. Avorter est un DROIT ! et non
une autorisation ou au bon vouloir du médecin comme mon médecin essaye
de me le faire croire ! pour la suite...
Sandra, 26 ans
Mon ami et moi souhaitions ce bébé de tout coeur et puis un jour il
était là, j'étais enceinte de 6 semaines. Quelle joie, plus rien ne
comptait à part cet enfant. J'étais à 8 semaines de grossesse lorsque
mon ami m'a annoncé qu'il ne voulait plus de cet enfant, sans raisons,
sans explications, un vrai mur face à moi. J'ai avorté à 8 semaines de
grossesse parce que malgré tout, toute seule, expatriée dans une ville
où l'on ne connait personne il me paraissait difficile de pouvoir
donner à cet enfant tout ce qu'il lui aurait été nécessaire. J'ai
avorté à contre coeur le 5 mai dernier, j'ai demandé au médecin de
m'endormir pour pratiquer l'IVG alors que c'était bien la
dernière chose que je voulais qu'il fasse. L'équipe médicale a été des plus
formidable mais je n'ai pas pu m'arrêter de pleurer à partir du moment
où l'on m'a demandé de me mettre sur le brancard. Malgré tout cela
l'opération s'est bien passée et l'infirmière me l'a dit en salle de
réveil :"TOUT C'EST BIEN PASSÉ, VOUS POUVEZ VOUS RÉVEILLER, IL N'Y A PLUS RIEN".
Ces 4 derniers mots résonnent dans ma tête comme un tambour. Je ne
pourrai jamais plus revenir sur cette décision mais c'était mon
enfant...
Virginie
J'ai 23 ans. Le 19 février 2006, j'accouchais de Téo sans
vie. Trisomie 21, décelée après 5 mois de grossesse, je décidais de
procéder à une interruption de grossesse thérapeutique (ITG). Mon ex ami et moi désirions cet enfant plus que
tout. Mais il m'a mise à la porte 2 semaines après cette perte
tragique. J'étais détruite, seule et abandonnée. Je ne voulais même plus
être de ce monde. J'étais à l'autre bout de la France car j'avais suivi mon
ex. Traverser le pays pour retrouver ma famille, me perdre à Paris et
tomber en panne sur l'autoroute. Ça fait beaucoup. Grâce à mon entourage
j'ai pu retrouver le goût de vivre et d'avancer. Je ne regrette pas mon
choix même si je culpabilisais quand même. Je suis jeune et je préfère
souffrir que de voir cet enfant souffrir s'il était de ce monde. Les
souvenirs sont traumatisants car j'ai tout très mal vécu. Depuis, j'ai muri
mais je souffre encore.
Aujourd'hui, je suis enceinte de plus de 3 mois
et le 19 février 2008, très mauvaise date, j'apprends que le fils que nous
attendions avec mon ami est atteint de trisomie. Second choc. Je suis tellement en
colère. C'est trop injuste. Je vais subir une ITG dans quelques jours et je me
dis que peut être je ne devrais plus essayer d'être mère. C'est difficile de
positiver. Surtout une seconde fois. Mon ami me redonne de la force, mais
le deuil sera doublement plus fort, beaucoup plus dure. Pourquoi moi? je
n'ai aucune réponse, mais avec le temps je serai encore plus forte. Si
triste et désemparée...
Déborah
j'ai 23 ans et j'ai eu recours à une IVG par voie médicamenteuse le 20
mai 2006.
A ce moment j'étais étudiante en licence et j'ai appris que j'étais
enceinte. J'étais depuis 2 ou 3 mois avec mon ami et quand il a appris
la nouvelle, il m'a quittée. J'ai eu recours à l'IVG pour 2
raisons: la 1ère est que j'étais ambitieuse dans mes études
et la 2ème que je n'avais pas la situation pour assumer un enfant
(financièrement, sentimentalement...). Dans cette démarche j'ai été
épaulée par
une psychologue du planning, une étudiante qui est devenue par la suite
une amie et par l'un de mes professeurs de licence. Peu importe ce que
le corps médical a pu faire en matière de progrès, j'ai constaté dans ma
douloureuse expérience que le sujet reste tabou et que celles qui
pratiquent l'IVG sont mal considérées au sein d'un milieu hospitalier.
Cependant, le planning familial ne m'a pas jugée. Moralement, pendant
l'IVG et après, un sentiment de culpabilité, de remord et de tristesse m'ont envahie. Depuis cette triste expérience j'ai continué mes
études et actuellement je suis en dernière année à la fac. Je suis heureuse d'avoir pu
surmonter cet obstacle et je remercie les centres sociaux d'exister à
ces moments là.
Ségolène
Mon interruption volontaire de grossesse a eu
lieu dans un hôpital public de Bordeaux en décembre 2005. J'avais 20
ans.
Je n'étais pas en couple avec ce garçon, mais on se connaissait
depuis 4ans environ et on était bons amis. Le soir de son anniversaire
on avait un peu trop bu, on a dérapé sans aller jusqu'au bout, le
lendemain je n'ai pas pris la pilule du lendemain car je ne pensais pas
que je pouvais tomber enceinte comme ça. Il n'a fallu que quelques
instants... et tout a basculé.
Deux semaines plus tard je ressens des douleurs insupportables au bas
ventre, je me dis que ce mois ci je vais avoir des règles douloureuses (je n ai pas de règles régulières donc je ne peux pas savoir ce qui se
passe vraiment). Une semaine plus tard, je me sens fatiguée, mes seins
gonflent, je me sens nauséeuse à certains moments de la journée, je
commence à avoir peur. Deux jours plus tard, je décide d'aller à la
médecine préventive de la fac pour en parler avec quelqu'un de neutre,
il me fait faire un test de grossesse... qui se révèle positif. Le choc.
tout se mélange dans ma tête, je me sens perdue et vulnérable. ma
première pensée était que je ne pouvais pas le garder, je n'ai même pas
réfléchi, pour moi c'était une évidence, je ne pouvais pas avoir d'enfant, ce n'était pas le bon moment.... Je suis sortie, j'ai
appelé ma meilleure amie...
A partir de ce jour là, tout est allé très vite. J'avais prévenu le
garçon en question, ma soeur et quelques personnes de mon entourage. Mes
parents n'étaient pas au courant, je ne l'ai dit à ma mère que quelques
jours avant l'intervention. J'ai tout surmonté toute seule, j'ai
enchainé les rendez-vous chez le médecin, au planning familial, au
laboratoire pour les tests sanguins et je suis allée
faire mon échographie. Gros moment de solitude. Ça été très dur surtout
quand je l'ai ramenée chez moi, je l'ai observée des heures durant en
ayant du mal à réaliser que cette petite chose grandissait en moi.
A ce moment là je me sentais vraiment pas bien, dans ma tête j'avais
fauté, j'allais encore fauter en avortant et les symptômes de ma
grossesse étaient insupportables, j'étais épuisée, l'embryon puisait
toute mon énergie, je n'avais plus de force pour faire quoi que ce soit,
l'avortement a été un grand soulagement.
L'intervention a eu lieu 2 jours plus tard, à 7 semaines de grossesse.
Je n'ai passé qu'une journée à l'hôpital, je suis arrivée le matin à
7heures et on m'a amenée à la salle d'opération vers 11h. L'attente a été
longue. On m'a donné des médicaments pour la dilatation et puis j'ai
attendu, attendu encore... on devait être 7 ou 8 femmes ce matin là et je suis
passée en dernière. Quand on est venu me chercher dans ma chambre je
retenais mes larmes, une fois couchée sur la table d'opération on a
commencé l'anesthésie générale et je me suis endormie en pleurs.
Je suis restée enfermée chez moi pendant des mois, je l'ai très mal vécu.
Aujourd'hui, je ne regrette toujours pas ma décision, j'ai fait le bon
choix, c'est une certitude, mais toutes ces épreuves sont très marquantes.
Barberine
L'IVG a eu lieu en juin 2007 alors que j'étais avec mon copain depuis
quelques mois. Je suis étudiante et cette grossesse s'est produite à
cause d'une pilule mal adaptée et non pas à cause d'un oubli de pilule.
Nous avons pris la décision en commun car c'était la meilleure chose à
faire compte tenu de notre situation. Elle a été difficile car nous nous
aimons vraiment et si cette grossesse était arrivée à un autre moment,
nous l'aurions très probablement gardée. Nous voulions cet enfant mais
pas maintenant.
L'IVG a eu lieu sous anesthésie générale et s'est bien passé. J'ai eu
beaucoup de soutien de mon copain ainsi que de mes proches.
Quand j'étais enceinte et même après l'avortement, je pensais que même
si les autres me soutenaient ils ne pouvaient pas comprendre car c'était
moi qui le portais. Je l'ai même dit un jour de façon assez froide à
mon copain. Tout le monde a été aux petits soins pour moi mais en y
repensant qui a été aux petits soins pour mon copain? Je ne pensais
qu'à moi et mon entourage en faisait de même. J'ai beaucoup exprimé mon
ressenti sans m'intéresser à celui de mon copain, je me considérais à
tort comme la seule victime dans cette histoire. Sur le moment cela paraît
parfaitement logique, mais avec le recul je n'ai pas avorté seule, NOUS
avons avorté, mon copain et moi. Il m'a soutenue à 100% et a gardé au
fond de lui la douleur que cela a provoqué sans oser en parler de peur
que je le trouve égoïste et que les autres en fassent de même. Mais
c'est moi qui ai été égoïste, je n'ai pas su voir qu'il n'allait pas
bien, qu'il ne pouvait pas en parler, je ne me suis concentrée que sur
moi même. Il a souffert de ne pas avoir pu exprimer ce qu'il pensait et
ressentait. Il a souffert également de ne pas être considéré comme une
victime au même titre que moi auprès de nos proches.
Il était totalement d'accord sur l'avortement car comme moi, il jugeait
que c'était la meilleure décision. Il se montrait extrêmement fort et
cherchait à tout prix à me booster alors qu'au fond de lui se cachait
une douleur et un mal être que je n'ai pas su percevoir.
Aujourd'hui nous allons bien. Notre couple va bien et cette épreuve nous
a beaucoup rapprochés. Nous sommes plus forts et cela nous a permis de
voir la vie différemment tous les deux. Cependant lors de disputes le
sujet revient sur le tapis sans pour autant que l'on se reproche quoique
ce soit. C'est comme cela qu'un soir j'ai vu des larmes apparaître
dans ses yeux à propos de l'avortement pour la première fois. Il
m'a tout simplement dit: "qui m'a demandé comment moi j'allais? Qui
a fait attention à moi?". A ce moment là je me suis effondrée et
j'ai réalisé que j'avais fait preuve d'un certain égoïsme.
C'est en réalisant cela que j'ai eu envie de témoigner, je pense que mon
ami n'est pas le seul à avoir ressenti cela. Je ne me sens pas coupable
d'avoir exprimé ma souffrance mais coupable de ne pas avoir vu la sienne.
On oublie peut être trop souvent qu'ils sont là aussi, qu'ils souffrent
même s'ils ne portent pas l'enfant, qu'ils se montrent forts pour nous
soutenir mais qu'ils ont besoin eux aussi d'être soutenus. On a conçu
cet enfant à deux, on avorte à deux, on souffre à deux et on avance à
deux. J'aurais pu devenir maman, ce qui me réjouissait et me déchirait
à la fois et lui aurait pu être papa et ressentait la même réjouissance
et le même déchirement.